Réveil matinal, nous souhaitons partir au lever du jour malgré le froid pour nous donner toutes les chances d'arriver à Olacapato à 60km. La route n'est plus asphaltée jusqu'à la frontière Chilienne et nous devons passer un col à 4560m avant de redescendre à 4000m. C'est une nouvelle mise en condition pour préparer le sud lipez ou nous serons entre 4000 et 5000.
A 8h30, le soleil sort et nous aussi. Le thermomètre affiche -7c, heureusement sans vent mais les cours d'eau sont bien figés.
On passe le croisement avec la ruta nacional 40 et je suis bien heureux de ne pas y passer. Un passage à gué à moitié verglacé en guise de route !!
C'est cette route qui amène au viaduc de la Polvorilla destination del tren de las nubes, l'activité touristique phare de San Antonio de los Cobres.
Le ripio n'est pas si mauvais et est fréquenté par quelques véhicules dont des semis remorques. On comprendra plus tard qu'ils approvisionnent les chantiers des grosses centrales photovoltaiques qui fleurissent sur l'altiplano. Ripio + camion = un bon gros nuage de poussière.
Raquel qui se remet doucement de son gros rhume continue de consommer 1 paquet de mouchoir à l'heure mais passe sans encombre le col de Abra de Alto Chorrillos.
De nouveau, nous trouvons des montagnes aux couleurs incroyables que l'appareil photo ne réussit malheureusement pas à capturer complètement. Il vous faudra y aller.
A cette altitude et sur cette cordillère volcanique encore active, il est possible de trouver des sources d'eau chaude. Nous passerons à côté de termes en ruines et d'une source bouillonante juste en bord de route.
En fin de pique nique, le vent refait son apparition, nous laissant craindre le pire pour les 20kms restants.
Plus de peur que de mal et nous voilà dans la ville fantôme d'Olacapato ou subsistent l'ancienne gare de train et son antique citerne à eau. Ambiance western garantie !!
Cette ville est plus fantôme pour google qu'en vrai car un énorme chantier photovoltaique amène un grand nombres de travailleurs qui se logent dans le village. Du coup, on profite aussi des dortoirs pour s'éviter une nuit annoncée glaciale et on se laisse tenter par la soirée pizza devant le match de foot.
Ce matin, 11c dans le dortoir malgré le radiateur à fond et -11c dehors. On teste ainsi le réchaud par grand froid pour préparer le petit déjeuner.
Avec le soleil, la température monte rapidement et il fait déjà 5c au soleil quand nous partons.
A la sortie de la ville, le ripio n'est pas bon et l'on croise beaucoup de camions destinés aux chantiers.
Au bout d'une vingtaine de kms et le dernier chantier passé, il n'y a plus que nous et le ripio. Nous descendons alors vers notre premier salar qui nous accompagnera tout le reste de la journée. On s'émerveille devant ce phénomène naturel inconnu pour nous.
Ici, tout est démesuré. Nous sommes entourés de sommets frôlant ou dépassant les 6000m, les distances sont impossibles à calculer. Depuis ce midi, nous voyons notre point d'arrivée, pourtant encore à 40kms.
Il nous reste une énorme ligne droite sur du ripio tantôt sablonneux, tantôt tôle ondulée mais nous n'aurons jamais à pousser le vélo.
Enfin, le poste frontière qui combine les services argentins et chiliens.
Quand nous arrivons, il y a un camping français en sens inverse devant la barrière. C'est une famille qui voyage depuis 2 ans avec ses 2 enfants. Ils sont les premiers à passer la frontière aujourd'hui et il est 17h. À leur arrivée, il n'y avait personne et ils leur a semblé qu'ils sortaient tout le monde de la sieste.
Au Paso Sico, seuls 600 véhicules passent chaque année. Pourtant, une maison refuge avec 30 lits, cuisine, douche chaude et wifi est mise à disposition par la gendarmerie argentine.
Nous avons le choix de dormir ici ou de faire les formalités et continuer notre route.
Heureusement que l'on a choisi de rester car on apprend que c'est ici et pas juste avant San Pedro d'Atacama (3j de vélo pour nous) que nous devons passer le contrôle sanitaire où aucun fruits, fruits secs, miel, beurre, légumes, oeufs, charcuterie n'a le droit de passer la frontière.
Branle-bas de combat ! Raquel remet sa toque de cuisinière, nous de marmitons et nous transformons tous les produits frais en plats cuisinés, seuls autorisés par la douane chilienne.
Ca sera désormais nos repas que nous devrons rationner durant les 125kms nous séparant du premier village chilien, Socaire.
La douane n'ouvre qu'à 9h mais les agents ne sont pas tous réveillés et les connexions informatiques non plus. Une heure plus tard et après avoir laisser à la douane, un fond de miel, un morceau de fromage et les herbes pour le mal de puna (altitude), nous franchissons la frontière avec les encouragements de la gendarmerie argentine.
Il nous restent 11kms de ripio et alors qu'hier, nous n'avions vu aucun véhicule, nous croisons 5 semi-remorques et quelques voitures.
En nous retournant, nous voyons l'étape de la veille en quasi intégralité.
Enfin la frontière chiliene et avec elle, le goudron salvateur terminé depuis février 2018.
On imaginait qu'avec l'arrivée du goudron, on aurait une journée plus facile. C'était sans compter nos 3 cols, dont le plus haut frôlant les 4600m (4586m gps).
Toutefois, les paysages sont vraiment extraordinaires. On dirait que nos yeux découvrent cette palette de couleur pour la première fois.
Urgence pipi !!
On commence à trouver la neige au moment du pique nique.
Quelques kms plus loin, toujours aussi trompeur avec les distances, nous trouverons le poste avancé de los carabineros chiliens qui sera élu par nous, la mieux placé du monde. Il y a une lagune salar juste à côté et c'est à couper le souffle !
Ils nous remplissent les bouteilles d'eau et nous mettent en garde contre la neige présente sur la route. Les informations concernant la route sont décevantes car pour eux, une descente est un faux plat montant pour nous.
Raquel joue le sprint et passe en tête pour la première fois au sommet de notre plus haut col mais non matérialisé par un panneau... Moment, toutefois immortalisé en photo.
Belle descente, mais le vent se levant, nous forcerons pour rejoindre le bivouac de la laguna Aguas Calientes (nom trompeur) en longeant d'autres lagunes altiplaniques. Nous allons passer notre première nuit grand froid en tente dans un lieu magique à 4000m mais abrité du vent.
On fait les oignons (on s'habille en couches) pour supporter les -9c dans la tente et -12c dehors. On n'oubliera pas de garder les bouteilles d'eau dans les duvets.
Au petit matin et 12h dans le duvet plus tard, le soleil n'arrivant pas jusqu'à nous, on décide de plier le campement au plus vite pour petit déjeuner au soleil et donc, au chaud. Le froid, paralyse les mains de Raquel qui se sert du réchaud à gaz comme d'un radiateur.
Mathieu découvre qu'il a encore crevé et ce ne sont vraiment pas les conditions idéales pour réparer un pneu.
Tandis que l'on prépare la soupe petit déjeuner, l'eau gèlera instantanément dans la casserole avant de la mettre sur le feu. Heureusement, les maxi pancakes d'avoine préparés à la frontière, eux, n'ont pas congelé.
Après ce petit déjeuner réconfortant, nous reprenons la route qui contournera le volcan cerro Miñiques avant de descendre vers Socaire ou nous pourrons enfin nous ravitailler.
On aperçoit déjà par brides, le désert d'Atacama tant attendu.
On avance très vite dans cette étape descendante et nous serons ravis de bivouaquer au milieu du désert après avoir franchi le Tropique du Capricorne.
Le désert d'Atacama est l'un des plus arides du monde. Il n'y pleut qu'une fois tous 4 ans, sauf qu'en février, il y a eu de très fortes pluies entraînant inondations et évacuation de tous les touristes de la zone. En conséquence, le désert est vert et il y a même des fleurs !
Nous devrons même traverser un gros ruisseau qui avait emporté la route.
Le désert d'Atacama est à 2600m d'altitude. Il y fait chaud en journée mais de manière agréable et frais la nuit. Cette nuit là, nous restons en positif avec 3,5c bien agréable par rapport à la nuit précédente.
Il ne nous reste qu'une grosse quarantaine de kms avant d'atteindre San Pedro de Atacama. Au milieu de cette grande ligne droite au milieu du désert, la forêt de Tambillo, bien étonnante dans un univers si aride.
Nous resterons 3 jours pour préparer la traversée du sud Lipez qui s'annonce comme étant la partie la plus dure du voyage. L'état des pistes, l'altitude, le froid, l'isolement et le vent font de cette étape un défi pour tout cyclovoyageur.
D'après nos retours, ça sera aussi la plus inoubliable par sa beauté.
San Pedro n'a pas vraiment d'intérêt pour nous, trop touristique, une agence de tour et de souvenirs à tous les coins de rue mais il y a toutefois une VRAIE boulangerie et une VRAIE baguette qui nous sublime les petits déjeuners depuis 2 jours.
Église en terre battue et paille.
Nous avons passé toute la journée d'hier à établir le parcours sans pouvoir se décider entre la cordillère et l'isolement ou les villages et la possibilité de ravitaillement. Au niveau paysage, les deux options se valent, il nous manque la connaissance du terrain pour décider. C'est finalement, Emanuel, un cyclo brésilien travaillant dans une des agences les plus anciennes de la ville qui nous conseillera la deuxième option car en cette basse saison et les températures plus basses, les tours opérateurs évitent la route de la cordillère qui est aussi la moins praticable.
Départ dimanche pour le paso Hito Cajon afin de rejoindre la Bolivie par la réserve nationale de la faune andine Eduardo Avaroa.