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Pedro Ruiz - Coca

La pluie froide d'il y a 2 jours, nous a décidé à rester du côté amazonien. Notre plan est donc de continuer sur la PE-5N jusqu'à Pucallpa, d'y prendre un bateau-cargo jusqu'à Iquitos et de là, un (ou plusieurs) autre jusqu'en Équateur.
La route ne devrait plus présenter de grosses difficultés en termes de dénivelé, reste à savoir comment on va supporter le très chaud et le très humide.
On s'élance donc pour peut être notre dernière ascension du Pérou avec un ciel bien menaçant qui se charge derrière nous. Il nous laissera toutefois tranquilles durant les 3h de montée.

Pedro Ruiz - Coca

Au sommet, on trouve un petit village près d'une laguna où un bon nombre de boutiques affichent fièrement "queso suizo/fromage suisse". Nico en achète un bon morceau en prévision du pique-nique.
Nous repartons pour une belle descente et l'on se prend quelques gouttes. On se méfie et on met les k-ways. Ici, ce sont des orages en tout ou rien. On voit le rideau de pluie s'avancer, faire disparaître la montagne derrière un voile blanc mais par chance, on y échappe.
Au village, on voit une boutique avec quelques papayes bien mûres. Je demande le prix, la dame m'amène la papaye mais refuse notre argent. Déjà qu'ils ne gagnent pas grand chose, si en plus ça devient gratuit... La dame nous indique la "cancha de fútbol" pour pique-niquer ailleurs qu'en bord de route. Comme le ciel menace toujours, on choisit d'aller se mettre dans les gradins. Hummmm, miam ! Ça y est, le fromage suisse ! Alors ? Quel goût il a ? Agent de texture... Comme les autres....
On sauve nos sandwichs grâce à l'avocat et au thon. Les gradins s'avèrent un très bon choix, qui nous évite une bonne saucée et nous permet même une sieste !
Cela fait 15min que l'orage est passé et déjà la route est sèche. Pas pour longtemps et nous non plus. On se prend une bonne douche le temps de trouver refuge près d'une église.

Encore quelques kilomètres et nous voilà au sommet. Normalement, on devrait trouver des spots ioverlander ou de quoi se loger à l'abri de la pluie. Le premier spot semble abandonné, il est encore tôt, on continue d'autant que ça descend pendant encore 40kms. Le second spot n'en est pas un et le troisième censé être un centre d'interprétation est un centre militaire avec des travaux conséquents sur la route. On devra traverser une mare.

Pedro Ruiz - Coca

Cela nous amuse beaucoup mais moins les ouvriers qui aimeraient bien qu'on traverse plus vite. Bon, ben... On descend tout et on verra bien. C'est à la nuit quasi tombée que nous arrivons à Aguas Claras où il n'y a pas d'hébergement. Raquel demande à un couple de papi/mami qui lui propose un des logements qu'il loue au mois. On donnera ce qu'on l'on veut.
Bon, c'est pas terrible et l'on ne parle pas uniquement du confort. Le monsieur nous montre le lit à ressort et nous demande si l'on veut un matelas. Ce ne sera pas la peine, on va monter la tente dans la pièce. La sale de bain (c'est exprès la faute) nous permet toutefois de nous décrasser et c'est avec un toit, tout ce dont nous avions besoin.
Réveil et départ matinal après avoir donné 10 soles (la moitié d'un hostal) à la dame qui viendra faire un état des lieux afin de voir si on ne s'en va pas avec les casseroles (oui, c'était un studio meublé avec chiottes bouchés).
Aujourd'hui il fait chaud mais c'est supportable. Le ciel se charge et l'on voit bien que l'on se dirige vers le noir.

Pedro Ruiz - Coca

Comme hier, on a fait une grosse étape, nous voilà déjà à Moyobamba en milieu d'après midi. On se trouve un joli-mignon-propre petit hostal pour compenser la nuit précédente. On va profiter d'être à la ville pour tenter de trouver des chambres à air pour Nico. Les siennes sont déjà patchées 5 ou 6 fois.
Rien... Tant pis, ça attendra Tarapoto dans 2 jours.
De nouveau départ matinal car à priori il pleut plus souvent l'après midi. Et c'est vrai ! 12h01, une grosse averse démarre. Heureusement, nous sommes en train de passer près de maisons et les habitants nous invitent spontanément à nous mettre à l'abri. Nous en profitons pour y pique-niquer. Avant de partir, ils nous offrent des chips de bananes. Miam !
C'est après midi, on joue au chat et à la souris avec les nuages menaçants.

Pedro Ruiz - Coca

Pedro Ruiz - Coca

On se refugiera sous un abri de feuilles de palmier avec les motos et motos-taxis.

Pedro Ruiz - Coca

Finalement, nous arrivons à Tarapoto où nous choisissons de loger dans un backpackers hostal noté 9,8. Waouh, on va être comme des rois ! Purée, mais qui fait les notations... À part la gentillesse du gérant, les autres critères ne valent pas tripette. Propreté ? (mieux que chez les papi/mami chiottes bouchés), équipement (minimum) et douche privative (inutilisable car bouchée). Pas de chance pour nous, cette nuit va être une fournaise. Nico, dort nu comme un ver et les gouttes de sueur lui coulent de partout. Raquel (en maman poule) passera une partie de la nuit à le ventiler à la main de peur qu'il fasse une hyperthermie. Un ventilateur n'aurait pas été de trop.
Tarapoto n'est plus située qu'à 300m d'altitude et ça se ressent. On ne voulait pas de froid, on est gaté ! Les 2 premières heures ça va encore, mais ensuite on transpire tellement qu'il est inutile d'essayer de remettre de la crème solaire. À ne pas oublier au petit matin !
On profite d'être dans une vraie grande ville et cette fois, on trouve des chambres à air 29 pouces valve Presta! Génial, car on va vite en avoir besoin.
On voit beaucoup de serpents écrasés, de toutes les couleurs et toutes les tailles. On vient d'en passer un noir avec rayures oranges quand nous arrivons sur un chantier. En discutant avec eux, on apprend que c'est un dangereux. C'est étonnant, chez nous, couleuvre = pas dangereux et vipère = dangereux. Ici, les serpents, on les appelle culebra mais c'est le terme générique.
A midi, on ne sait pas dire quelle est la température à cause du degré d'humidité, mais on bouille. Malgré les gouttes que l'on peut voir sortir de notre peau, le soleil nous brûle. On cherche l'ombre et l'on finit dans un bouiboui avec le menu, une bière et une glace. Cette expérience nous apprend que par grosse cagne, il vaut mieux garder la bière pour le soir. Difficile de repartir sur la digestion et Raquel demi bourrée !

Pedro Ruiz - Coca

Papayes

Pedro Ruiz - Coca

Mangues

Pourtant, nous finirons l'étape de la journée 53km plus loin, à Bellavista, avec une montée à la fin qui se fait bien sentir. Une nouvelle fois, la fête se termine avant notre arrivée où les gens finissent de plier leurs stands. Le soir, on gouttera une des spécialités du coin, le poisson grillé à la feuille de banane.
Le gérant de l'hôtel nous confirme un raccourci de 12km. C'est roulant et ça passe en voiture.
On devrait aussi trouver beaucoup d'oranges.
Le raccourci est une piste de terre et parfois de pierre.

Pedro Ruiz - Coca

Raquel y prendra un gadin, heureusement sans gravité. Dans un hameau perdu ici, une mami nous fait visiter son jardin et nous offre des oranges directement ceuillies de l'arbre.

Pedro Ruiz - Coca

Mamita naranjas

Nous ne sommes pas mécontents de retrouver l'asphalte et au passage de boire un jus d'orange bien frais vendu en bord de route.
Quelques kilomètres plus loin, en plein soleil, Nico s'arrête, roue arrière crevée. Au milieu de la jungle, les endroits où s'arrêter pour faire la réparation d'une crevaison sont bien limités. Raquel a le même soucis pour faire pipi. Cette fois ci et comme la veille, ça ne sera pas réparable, la crevaison est sur la valve. C'est bizarre, 2 fois à midi quand il fait le plus chaud et sur la valve... En regardant un peu mieux, le fond de jante ne protège pas entièrement la valve. On bricole avec des bouts de vieille chambre à air une protection car on ne peut plus se permettre de crever sans que ça soit réparable. Il ne reste qu'une 29 pouces d'avance et près de 600km avant Pucallpa.

À midi, dans un petit village au milieu de cette immensité verdoyante, on fait quelques courses pour notre pique-nique.

La première chose que l'on achete, c'est de l'eau. Elle nous coûte plus chèr que l'inka kola, une sorte de coca cola locale, mais, vu la couleur de la rivière, on n'a pas trop le choix. On finit de manger au même temps que la sortie de l'école. En quelques minutes, on est entouré par une quinzaine d'écoliers, très curieux de notre apparition dans leur village. Êtes vous Vénézuéliens ? Vous allez faire un spectacle ? Vous vendez des choses ? Vous venez d'où ? Êtes vous mariés ? 

Pedro Ruiz - Coca

 

Dans le village comme partout sur cette route, les gens font fermenter/sécher les fèves de cacao. Ça sent fort mais ouvre l'appétit. Tout ce cacao et pas de chocolat à vendre. 

Pedro Ruiz - Coca

Encore une nuit sous une chaleur terrible. Dans la chambre de l'hostal, pas de ventilateur et nous n'arrivons pas à dormir. On n'ose pas se retourner dans le lit pour peur de transpirer encore plus. On sortira plusieurs fois dans la nuit pour prendre une douche froide (>25c) et essayer de se refroidir. Ici, pas peur de réveiller le voisin de chambre. Musique, appels téléphoniques, télé, fermetures des portes, font partie des bruits courants et acceptables, même à 1h30 du matin. Les claxons et les moteurs sont inclus, of course!

Deux jours de grosse cagne, et voilà, ce matin, à peine parti, on se prend déjà la flotte. Un voile de forte pluie, bien connue dans cette région amazonienne, qui n'a pas cessé pendant plus de deux heures. Dans la montée, être trempé jusqu'à la culotte est supportable. On peut dire presque agréable après sentir que l'on fondait comme du chocolat sous les rayons du soleil les jours précédents. Par contre, trempés en descente est moins rigolo et le moral de Raquel est gris comme les nuages qui nous accompagnent. Trempée comme une soupe, elle veut même s'arrêter à 10h pour le reste de la journée. Heureusement, la pluie s'arrêtera et plus vite que prévu, on aura nos habits de nouveau secs. 

Maintenant, on constate pourquoi cette forêt est si impressionnante, résultat de ce climat chaud et à la fois très humide. Depuis quelques jours, on ne voit que du vert dans tous ces tonalités, parfois quelques pincées de jaune, mauve ou rouge viennent embellir encore plus ce poumon de la terre. Le cours de la rivière a augmenté et cette terre très argileuse lui donne une couleur parfois rougeâtre.

Pedro Ruiz - Coca

Pedro Ruiz - Coca

Le ciel est très beau et les nuages de barbe à papa nous font retomber en enfance comme lorsque l'on cherchait les moutons ou les éléphants. 

Pour finir de remonter le moral de ma belle, je l'invite au bouiboui du coin. Ce midi, au menu, 2 noms inconnus. On prend pour goûter. Tiens, c'est bizarre, j'ai un bout de sorte de carapace dans mon assiette. Raquel, elle, son plat est un peu plus normal mais on a quand même eu droit aux pattes de poule dans la soupe (E.T téléphone maison). Du coup, à la fin du repas, on interroge la cuisinière et en fait, on a mangé de l'armadillo et du tapir....

Pedro Ruiz - Coca

La digestion se passera bien, mais on pensera souvent à la pauvre bête qu'on avait été tant content de découvrir au parc Pumalin sur la carretera austral.

Avec toute cette pluie, les vélos ont besoin d'un nouveau décrassage et c'est à Pizana qu'un laveur de mototaxis nous prête son karsher. 

Après une nouvelle nuit dans un hostal pas génial, nous reprenons la route sous la pluie. Cette fois, c'est Nico qui n'a pas le moral. Pourtant, on s'est prévu une toute petite étape de 40km jusqu'à Tocache. Mais bon, c'est tout vert, le décor ne change pas, il pleut, on baigne dans notre jus, ça m'irrite la peau et j'ai du mal à rester sur la selle du vélo et.... Tout à coup, plus de ralage, Nico ralenti et me fait signe qu'il va traverser la route direction... La chocolaterie artisanale de Tocache ! Et voilà, le dicton est vérifié : quand ça va pas, prends du chocolat ! 

Pedro Ruiz - Coca

On y restera 1h. Oui, car comme on a demandé de la pâte de cacao 100%, la dame nous le prépare devant nous. Ça sent bon ! 

Pedro Ruiz - Coca

La chocolaterie est une des seules de la région et  certainement la seule en biologique. La majorité du cacao part à l'exportation. En magasin (quand on en trouve), le chocolat en tablette coûte  3 à 4 fois plus cher qu'en France. À l'usine, ça reste le double mais on s'en sortira avec 1kg de pâte brute à 5e.

Ici, comme ailleurs, on a peur des migrants et ici ce sont les Vénézuéliens ou les descortizadores éventreurs (selon la dame qui fait référence à un fait divers). D'ailleurs, les gens nous prennent régulièrement pour des migrants et leur attitude n'est pas la même. Purée de médias, on te nourrie de fait divers et te voilà xénophobe. Ici, non plus, ce ne sont pas les bonnes nouvelles qui font l'audimat et les chaînes tv en sont des caricatures. Ici, pas de faux semblant concernant l'impartialité de la nouvelle, même la journaliste du 20h donne son avis. Exemple concernant la mobilisation contre le méga projet minier à Arequipa : quoi? Mais qui peut se permettre de refuser la création de tant d'emploi et tout l'argent qui va ruisseler. (je ne sais pas, tout être vivant qui ne digère pas bien les métaux lourds).

Après un dernier chocolat au café offert en attendant la fin de la pluie, nous atteignons la ville où cette fois, nous trouvons un bon logement. Pour changer de l'éternel menu du jour, nous cuisinerons nous même (tortilla, légumes sautés et brocolis). Évidemment au marché, on achète aussi maracuyas et mangues pour notre dessert. 

Aujourd'hui, les paysages changent un peu, les bords de route aussi.

Pedro Ruiz - Coca

On découvre ainsi une station essence de la jungle et les mototaxis transport scolaire.

Pedro Ruiz - Coca

Pedro Ruiz - Coca

A midi, on ouvre la saccoche de guidon pour vérifier si les 2 oeufs transportés sans boîte ont survécu au passage des zones de travaux. Oui, génial ! Bon, ils ne survivront pas au pique-nique et termineront au plat. 

Pedro Ruiz - Coca

L'aguaje, un fruit de la jungle

Dans un hameau, une dame se met à faire des bonds et à sauter sur la route alors qu'un camion passe. À ses cris, l'on comprend qu'elle vient de voir un serpent. Aussitôt, 3 autres personnes sortent armées de machette à sa rescousse. S'en suivra une séance de lapidation à l'aveugle dans le fossé où le serpent est censé se trouver. On n'en verra pas le bout de la queue. 

En parlant de machettes, on croise ou on double de nombreux piétons marchant en botte et machette. Nous, on lève la main pour les saluer, eux, la machette... Ça ne fait pas rire Raquel qui se rappelle le film Sleepy Hallow (le cavalier sans tête). 

Faute de trouver un logement, nous parcourons 120km jusqu'à Aucayacu. C'est incroyable comment lorsqu'il ne pleut pas, ça fait moins mal aux fesses. Peut être aussi car le talc reste en place ? Ah oui, y a plusieurs remèdes en test, vaseline quand il pleut et talc sinon. Mais vu l'état de nos fesses, aucun n'est miraculeux. 

On saute de nos lits chaque matin au levé du soleil. Avec la chaleur, la grasse matinée ne nous ne fait pas rêver.

Pedro Ruiz - Coca

Aujourd'hui, au programme, on franchira la dernière côte du Pérou. Malgré le profil assez plat de cette région du pays, nous avons dû traverser une chaîne de montagnes appelée la Cordillera Azul (la cordillère bleue).

Pedro Ruiz - Coca

Qu'elle est mimi, qu'elle est mimi, la mygale ! 

Pedro Ruiz - Coca

Chenille urticante ? 

Une première section en travaux sur la route nous oblige à nous arrêter assez souvent car les agents bloquent la circulation pour permettre l'accès aux pelleteuses.

Pedro Ruiz - Coca

Les mototaxis, camions, minivans de transports et nous inclus, faisons la queue sagement. Au signal du "Go", les moteurs se mettent en route et tout le monde se dépêche pour récupérer les minutes d'attente. Pour nous, c'est des moments de stress car, en essayant de nous doubler sur cette piste parfois caillouteuse parfois en terre ou les deux, ils nous font perdre l'équilibre ou nous poussent vers le bord à coup de claxon. Mais le pire reste quand nous sommes les seuls (car derniers) face au flux désormais inversé. Eux se pensent seuls et vont jusqu'à doubler celui qui double déjà. Nous voilà face à 3 véhicules prenant toute la largeur de la piste.

Un jus d'oranges pressées et un gros dindon nous attendent au sommet. Bizarrement, le dindon imposant menace Raquel en s'approchant d'elle toutes plumes déployées. Le vendeur nous signale que l'animal n'aime pas du tout les filles. Nico prévient le dindon que Noël n'est plus si loin et qu'il aurait tout intérêt à rester sage. Comme le dindon ne comprend pas bien l'accent de Nico, celui ci lève les bras et décidément, un humain de 2m50, ça fait peur. Le dindon bat en retraite.
La descente sinueuse est très belle, parsemée de petites chutes d'eau et de cascades plus imposantes comme le voile de la mariée ou la douche du diable.

Pedro Ruiz - Coca

Pedro Ruiz - Coca

Dommage pour nos vélos qui ont pris à nouveau la boue. Arrivés à Aguaytia, petit rinçage bien mérité de nos montures. On les soigne de plus en plus car elles nous ont amené bien loin et sans trop se plaindre, en tout cas, beaucoup moins que leurs cavaliers.
La fatigue depuis le départ de Chone, il y a plus d'un mois commence à se faire sentir. Heureusement, il nous reste qu'une étape et demie avant d'arriver au port où l'on prendra le bateau vers Iquitos, la plus grande ville au monde où l'on ne peut accéder que par voie maritime ou aérienne.
On décide de prolonger l'étape d'aujourd'hui à fin de pouvoir arriver le plus tôt possible au port le lendemain. Toute l'information dans les blogs sur le départ du bateau cargo pour Iquitos nous confirme que c'est très aléatoire. Tant que le bateau n'est pas chargé à bloc, il ne partira pas.
Les températures depuis hier s'adoucisent, par contre, les orages sont toujours menaçants. Et c'est sous un ciel gris devenant noir et des éclairs de plus en plus proches que l'on pédale à tout vitesse pour échapper à ce que l'on connaît bien désormais.

Pedro Ruiz - Coca

Pedro Ruiz - Coca

Trois kilomètres avant d'arriver à Neshuya, de grosses gouttes d'eau commencent à tomber et l'inévitable arrive. En trois minutes, on dégouline à l'intérieur et à l'extérieur. Oooh ! Mer....credi ! On était si proche !

Pedro Ruiz - Coca

La technique de la bâche pare-brise 

On cherche rapidement un logement où passer la nuit, mais tout est complet. Finalement, la propriétaire d'un petit hostal nous accueille. En rentrant dans la chambre, un odeur mélange d'humidité et d'urine nous parvient aux narines... Les conditions d'hygiène ne correspondent pas aux mêmes standards mais à ce point du voyage, on commence à être bien habitué. On s'installe, cela signifie monter toutes nos sacoches à l'étage (le premier quand on a la chance) et essayer tant bien que mal de poser une ligne où faire sécher nos habits.

Pedro Ruiz - Coca

Après la douche, on s'allonge sur le lit pour se reposer avant d'aller remplir nos ventres vides. En se levant quelques minutes plus tard, le pantalon de Raquel est mouillé... Raquel touche le drap qui est bien humide, ensuite elle sent le matelas et le même odeur revient... Oooh ! Berk ! Impossible que soit notre transpiration... mais si ce n'est pas la notre, c'est quoi ?! On préfère ne pas y trop réfléchir et on demandera changer de dortoir.
Le lendemain, petite étape de 60km pour atteindre la ville de Pucallpa. Enfin, on y est!! Youpi ! On se dirige directement au port, c'est 11h30 et un bateau est "prêt" à partir. Il s'agit d'un bateau Henry, la compagnie de cargos qui apprivisionne les petits villages en bord de rivière sur le chemin jusqu'à la ville d'Iquitos. Le port, si l'on peut l'appeler comme ça, est en pleine effervescense. Ici, pas de quai, un terrain en pente et les bateaux qui viennent s'y échouer. Les hommes font en travail de fourmis, des allés et retours se succèdent, chargés jusqu'à 120kg à l'aide d'une sangle autour de la tête.

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Nous nous dirigeons vers le bateau escortés par deux vendeurs d'hamacs. Une petite rampe en bois permet l'accès à l'embarcation. Pas évident de traverser avec nos velos chargés.

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On achètera les billets avec un surcoût pour les vélos et les saccoches en plus des hamacs car dans ce bateau il n'y a pas de cabines. Malgré une petite négociation pour baisser les prix de nos hamacs, ils nous ont déjà coûté le prix gringo.
Normalement, le départ est à 16h, temps suffisant pour aller faire quelques courses et déjeuner. À notre retour, beaucoup de passagers sont déjà installés et nous essayons de trouver une place pour pendre nos lits, tout un art.
On choisit le couloir qui donne sur l'extérieur. C'est dans le passage du vent mais comme ça, on peut espérer ne pas avoir trop chaud.

Pedro Ruiz - Coca

 

La nuit tombe et nous sommes toujours à quai. Raquel entend l'annonce du capitaine qui nous informe d'un départ pour le lendemain à 5h... Aille caramba ! Ça commence comme dans les blogs. En discutant avec d'autres passagers, nous apprenons que certains sont là depuis vendredi alors que nous sommes lundi soir. La "croisière" dure 3 jours et demi et comme l'indique le "petit futé", dans des conditions spartiates. C'est ce qu'on voulait voir, la vraie vie des gens. Ce trajet nous coûte au total 60e pour les 2, repas compris. Il y a bien sûr possibilité d'aller plus vite avec d'autres compagnies mais de ce qu'on comprend, le départ n'est que le vendredi. Alors, à tester une expérience de vie au fil de l'eau, autant tester le bateau lent sur cette section Pucallpa-Iquitos, qui ne prend que 3 jours et demi, contre 8 sur la section Iquitos-Coca.

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Mince, j'ai pas rendu la clé de l'hostal... 

La vie à bord est rythmée par les repas. Au son de la casserole, les gens se lèvent pour faire la queue avec leurs gamelles jusqu'à la cuisine, local qui sert d'abattoir et de cuisine.

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La cuisine qui fait aussi abattoir 

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Chacun fait la queue avec sa gamelle

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Depuis nos hamacs, nous pouvons voir les poules qui ignorent tout de leur sort. Une fois par jour, le cuisto descend choisir une demie douzaine d'heureuses gagnantes qui termineront en soupe ou en accompagnement du riz.

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Après manger, chacun lave son plat au petit évier près de nous. L'eau, comme toute celle du bateau, provient directement de la rivière. On peut voir les gens se gargariser ou les entendre se racler la gorge avec cette eau. Ici, être sans gêne, c'est à un autre niveau. Même notre voisin qui crache régulièrement au sol ne choque personne. Hier, il a écrasé une blatte et l'a poussé chez la voisine. Ou le jeune qui fait exploser ses boutons du visage devant le miroir qui est dans le couloir n'est pas plus gêné que ça.
Les toilettes sont très basiques mais fonctionnels. Le robinet qui fait office de douche est placé pas très loin, sur le wc. C'est plus prudent de tirer la chasse d'eau avant de prendre une douche si tu ne vais pas être éclaboussé avec l'eau du wc.

Pedro Ruiz - Coca

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Les gens écoutent chacun leur musique sans se soucier de savoir si les voisins dorment ou non. C'est culturel. En revanche, niveau cohabitation, on a des leçons à prendre. Les gens ont vécu minimum 3 jours et demi, collés les uns aux autres et toujours dans une atmosphère paisible, libre de toute tension. Aucun souci d'insécurité. Nous avons laissé nos affaires sous nos hamacs dès le premier jour lorsque nous sommes sortis du bateau durant 2h. Les gens respectent la file d'attente, sont d'une patience incroyable. Je vous laisse imaginer la scène en Europe si vous montez sur le bateau le vendredi et ne partez que le mardi matin. Et ce, bien sûr, avec les repas inclus uniquement les jours de navigation.
À chaque arrêt (et il y en a), des vendeuses montent à bord quelque soit l'heure en hurlant "hay pescado frito, hay panes, gazeosas, papaya, keke". Aussitôt, les gens se lèvent et font le plein de provision pour le voyage.

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Certains passagers montent ou descendent vers des villages non desservis par le bateau. L'annexe devient alors bateau-taxi pour les déposer sur la terre ferme.

À ceux qui croyaient comme nous que l'Amazone est une terre hostile, quasi inhabitée ou seulement de peuplades armées d'arcs et de flèches, vous pouvez vous mettre à jour.

Pedro Ruiz - Coca

Pedro Ruiz - Coca

Pedro Ruiz - Coca

Pedro Ruiz - Coca

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Il y a pléthore de communautés, hameaux, villages, villes avec aéroports autour de ce fleuve Ucayali, qui avec le Napo et le Marañón vont former l'Amazone. Les communautés s'installent et nomment leur village (Bretaña, Nuevo Polo Sur, Islandia, Nuevo Israël, etc...).

Pedro Ruiz - Coca

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Station essence flottante 

Les journées se succèdent au rythme des heures de repas, 6h petit déjeuner, 11h30 déjeuner et 16h30 dîner. Au milieu, tout est possible et on dirait que les péruviens mangent de tout et à n'importe quel moment. La nourriture est simple mais c'est copieux. Soupe de poulet le matin, un combo riz-pattes-pois cassés accompagné du poulet à midi et riz au poulet le soir. Ce n'est pas très varié mais, heureusement, on ne souffre pas de constipation. Les courses faites à Pucallpa, plus ce qu'on peut acheter sur le bateau, servent à agrémenter nos assiettes.

On va finir par grossir à force de manger et faire la sieste après chaque repas.

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Parfois, les hommes jouent aux cartes tandis que les femmes s'occupent des petits ou font la causette. L'activité principale reste la sieste.

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Les enfants s'amusent entre eux sous la surveillance des parents, grand-parents ou les frères aînés et en plus ils sont très sages.
Nous sommes les seuls européens, excepté un jeune originaire de République Tchèque accompagné de sa copine colombienne.
Les gens sont curieux de notre voyage, de notre vie... et les enfants aussi. Souvent, ils tournent autour de nos hamacs, comme Claudia, la jeune copine de Raquel qui, du haut de ses dix ans, a vendu tous les portions de gâteau fait par sa mamie.
S'il y a bien une chose qui nous choque, c'est la complète insouciance environnementale. Nous ne parlons évidemment pas de tri selectif mais au moins de ne pas jeter à la rivière. Pourtant nous avons des poubelles sur le bateau, mais du personnel jusqu'aux passagers, nous verront bouteilles plastiques, assiettes en polystyrène, sacs de chips, emballages en tout genre, couches de bébé, mégots, cannettes, terminer dans l'artère de la vie en Amazonie. Tous y pêchent, tous la boivent, mais aussi tous la contaminent sans la moindre étincelle de conscience. Inutile de dire que si le ramassage des ordures est déjà compliqué en ville, ici, il est bien évidemment inexistant.

Dans le bâteau, il y a les gens qui vont jusqu'à Iquitos, ceux qui descendent en cours de route en utilisant le bateau de secours et ceux qui comme nous, continuent. Une bonne partie va au Brésil et quelques uns vont remonter le Napo. À priori, nous sommes les seuls à le remonter jusqu'en Équateur. En ce qui concerne l'heure d'arrivée, personne ne sait rien et finalement, c'est nous, avec l'application de cartographie, qui avont les meilleurs estimations. Quand certains, le vendredi matin, nous annoncent une arrivée l'après-midi même, je doute que cela arrive. Nous naviguons grâce au courant en notre faveur à presque 20km/h, mais il reste plus de 250km à vol d'oiseau, quelques villages où s'arrêter et les courbes de l'Amazone augmentent considérablement la distance. Je table plutôt sur 23h/minuit dans le meilleur des cas. C'est sans compter que le capitaine va passer au ralenti histoire de ne pas arriver trop tôt au port et devoir payer plus cher les "dockers" de nuit. Les dockers travaillent à l'ancienne, portant jusqu'à 120kg sur le dos, pieds nus, avec une maigre frontale éclairant à 1m. Pour sortir du bateau, pas de quai, mais une planche en bois qui mène directement à la berge boueuse et glissante.
C'est un vrai travail physique, bestial si j'ose dire. Peu de vieillards et beaucoup de jeunes. Combien sont cassés en quelques années ?
Nous arrivons à Iquitos vers 3h30 du matin mais presqu'aucun passager ne sort. Nous attendrons tous le lever du soleil.

Pedro Ruiz - Coca

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Un peu avant 6h, nous récupérons les vélos et passons le parcours du combattant, premièrement pour s'avancer jusqu'à la planche de sortie en enjambant les bananes et finalement passer l'épreuve de la planche sans tomber dans l'eau.

Pedro Ruiz - Coca

Où est Charlie mon vélo ? 

Ouaiiiis ! Reussi !! Ah.... Zut. La pluie des derniers jours a transformé la berge en argile. Ça va sérieusement nous compliquer la remontée. On fera un vélo à la fois en faisant du patinage presqu'artistique. Tout crado et vélos chargés de boue, nous nous dirigeons vers le centre.

Pedro Ruiz - Coca

Il nous faut des sous et connaître les horaires du bateau Iquitos-Pantoja, à la frontière avec l'Equateur. D'après les blogs, il y a 2 possibilités. Le bateau lent en 8 jours, qui sort 2 fois par mois et le bateau rapide qui ne met que 2 jours et dont on ne sait rien de plus. Après avoir été balladé de port en port, nous revenons au premier où l'on nous donne une carte de visite de l'agence Transvichu. Après encore une bonne demi heure de parcours à vélo, nous trouvons l'agence. Par chance, il y a un départ le lendemain à 7h pétante. Le parcours se fera de jour uniquement et nous aurons un logement le dimanche soir. En attendant le lendemain, nous trouvons un hôtel pour prendre une douche d'eau claire, faire une lessive et avoir une vraie nuit de sommeil.
Iquitos est une ville de mototaxi. Peu d'intérêt d'avoir une voiture quand la seule route ne va qu'à 100km de là à Nauta et se heurte alors au fleuve. La ville grouille. D'habitude, ça nous plait mais la pluie a tout rendu boueux et sale. La rue du marché, vide à cette heure, est tout simplement digne du moyen âge. Le sang des stands de boucherie au sol est mêlé à la boue, ça pue et nous sommes en sandales comme tous les jours depuis qu'il fait chaud et que l'on s'habille léger. Devant nous, un monsieur récupère tout le plastique qu'il peut. Il marche pieds nus et je me dis que décidément, nous devons avoir des systèmes immunitaires différents. On trouvera tout de même un bon bouiboui. 

Pedro Ruiz - Coca

Le lendemain, l'accès au port est un escalier en bois très pentu et les abords de la rivière n'invite vraiment pas à la baignade.

Pedro Ruiz - Coca

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On va devoir faire très attention avec les vélos chargés. Pour celui de Raquel, ça va encore, mais pour le mien si haut et lourd, il nous faudra l'aide d'un passant pour le retenir.
Le trajet commence par 40 minutes jusqu'à Mazan. Là, il y a un raccourci par la terre pour s'éviter une bonne cinquantaine de kms de rivière. Nous sommes avertis que nous n'avons qu'une heure pour aller de l'autre côté. Bon, ce n'est qu'à 4kms, ça va le faire. La route est une mini piste goudronnée largeur mototaxi.

Pedro Ruiz - Coca

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C'est rigolo quand on y pense, 4kms de goudron dans la jungle. Arrivés au port du Napo, on patiente en parlant avec un retraité Québécois qui profite de sa retraite de mécanicien pour faire du bénévolat dans les communautés. Il sort de 1 mois et demi de dingue... On retrouve des passagers du bateau lent. Eux, continuent en lent.

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Cette fois, nos vélos sont chargés sur le toit du bateau, avec les bagages "soutes". Le tout est bien emballé dans une bâche plastique. L'embarcation est conçue pour transporter une trentaine de passagers. C'est une conception artisanale en fibre de verre et en guise de carroserie, une bâche.

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Notre bâteau est équipé de deux moteurs 90cv mais l'un d'entre eux tombe régulièrement en panne sur les passages au ralenti. Des ralentis, il y en a car les fortes pluies des semaines passées ont gonflé la rivière qui se décharge désormais de troncs d'arbres qu'il nous faut éviter. Combiné à l'absence de phares et à la petite taille de notre embarcation, cela explique pourquoi l'on ne peut pas continuer de nuit. Le précédent ferry, lui, n'était pas gèné grâce à sa coque d'acier et l'on pouvait entendre parfois les arbres nous heurter sans plus de conséquences. Sur le Napo aussi, la vie est bien ancrée et l'on apercoit plein de villages ou hameaux et pas mal de trafic naval. 

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Le bois, une des richesses de l'Amazone

Notre bateau s'arrêtera plusieurs fois décharger des passagers dont on ne peut qu'imaginer la vie. On a parlé avec certains d'entre eux. Ils sont employés, de la classe moyenne, et en mesure de se payer le prix du bateau rapide (2 fois le prix du lent et environ 60e). Certains sont professeurs et, une fois par mois, vont à Iquitos voir la famille ou faire les courses. Le río Napo est plus difficile d'accès que la partie est, direction le Brésil. Mon voisin, lui, est réparateur d'antenne de télécommunications et va à Pantoja pour la première fois. Il a toute la province à gérer.
Dans un des villages, on découvre un hydravion et un attroupement regarde attentivement. Une femme en fauteuil roulant s'apprête à y être transportée. Aussi loin de la ville, il n'y a que des postes médicaux de base dans les villages et pour les vraies urgences c'est l'avion ou le bateau ambulance. 

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Dans cette région de Loreto, le taux de natalité est de 5 enfants par femme et ils sont nombreux à jouer dans chaque village.

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Les professeurs, affectés au hasard chaque année, nous parlent d'une quarantaine d'enfants par classe. Nous sommes chaque fois épatés de trouver une école avec son stade multisport au milieu des cabanes en bois. Pas de bus scolaire mais un bateau scolaire. 

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La rivière sert à tout, de la baignade à la pêche en passant par la douche, la lessive ou tout simplement pour l'eau de cuisson. Malheureusement, elle sert aussi de poubelle, ce que les professeurs nous expliquent comme une suite de la culture de la jungle où le déchet non biodégradable n'existait pas. On nous parle aussi qu'ici, les jeunes sont très précoces. Pas de poupée barbie, chaque jeune fille s'occupe du dernier né de la famille et parfois dès 12 ans, de son premier bébé. Les jeunes sont autrement plus débrouillards que chez nous et savent déjà s'assumer pleinement à cette âge.

Nous faisons 30 minutes de pause à Santa Clotilde, dernière "ville" où ce qu'on le prend initialement pour un chemin cilenté est aussi la route des derniers mototaxis de la jungle. 

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La police de la jungle et son panier à salade 

Après une journée entière de navigation, le jour baisse, nous offrant un magnifique coucher de soleil.

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Enfin, nous arrivons à San Rafael où nous attend notre hébergement. Il apparaît comme un hameau sur la carte et c'est bien ce que c'est. 

Bizarrement, alors que le calme et l'ordre régnait dans la queue pour la cantine sur le ferry et la classe populaire, ici, nos dix derniers passagers de classe moyenne se bousculent pour obtenir la clé d'une chambre. À priori, ceux qui comme nous ne sont pas prêt à en découdre viennent ici pour la première fois. En fait, il y a les vieux et les nouveaux logements. On aura évidemment un vieux qui est en plus avec un degré d'hygiène au dessous de nos attentes pourtant bien assouplies depuis dix mois. Évidemment, c'est la jungle, tout est humide, les toiles d'araignée et les insectes coincés dedans sont bien au plafond, mais le plafond est à 1m85... Nico servira de balaie. La moustiquaire des fenêtres doit bloquer les oiseaux mais pas un moustique. On retrouve le seau d'eau en guise de chasse d'eau. Comme souvent, il n'y a pas de siège de wc, mais ce qui nous gêne vraiment c'est qu'en guise de drap, on a un plaid polaire. Plaid polaire qui probablement n'a jamais été lavé ni même secoué au vu du nombres de crottes de souris. Ça ne s'annonce pas comme une très bonne nuit. On sort du taudis pour faire un tour du hameau et dîner. On se rend compte que les locaux vivent dans des logements encore plus somaires. Une maison surélevée contre les insectes et animaux rampants, un toit pour la pluie, quatre façades de planches dans lesquelles on a fait des trous en guise de fenêtre ou, comme dans la plupart des maisons, juste trois murs, laissant tout voir de la vie familiale à l'intérieur. Pas de moustiquaires non plus, les jeunes enfants sont couverts de piqûres puis le corps s'adapte et ils ne sentent plus rien. Du coup, le confort tout relatif du ferry lent, nous fait comprendre que pour eux, les 3 repas par jour et l'eau courante dans le wc/douche étaient déjà une avancée. Alors qu'on bouibouite l'éternel poulet-riz-patate, un jeune nous demande si l'on veut voir un animal très rare avec un nom bizarre  et revient cinq min plus tard avec un bébé loutre de 3 mois. Elle est élevée ici comme animal de compagnie.

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Le jeune veut nous la vendre mais on lui explique que les touristes ne pourront jamais ramener un animal sauvage en avion. La loutre suit son maître comme un petit chien. Sa peau est douce et ça serait très mignon si cette petite n'avait été arrachée à sa mère. Leur besoin urgent de chercher des moyens économiques ne laisse pas la place à des discussions environnementales. 

Nous retournons à notre geôle et sans quitter le moindre habit ni les chaussures, nous allongeons à deux dont le lit une place le moins couvert de crotte (on secouera le plaid).
Nico s'allonge sur le dos avec son kit nuit (boules quies et masque de nuit). Raquel, choisit d'ajouter une couche de protection sur le lit et fait un drap avec les feuilles du journal. Purée ! Mais pourquoi a t'on mis la tente dans les bagages soutes.... Elle éteint la lumière (oui, y a du courant entre 18h et 23h), s'allonge mais 30s plus tard, un bruit aigu et caractéristique vient troubler sa tranquillité déjà bien mise à l'épreuve. Ce sont les moustiques qui viennent dîner. Ils paieront un lourd tribu avec dix morts contre quelques piqûres sur les forces de l'ordre. Raquel qui ne peut s'endormir se lève pour chercher l'anti-moustique dans sa sacoche. À la lumière de la frontale, elle voit s'échapper un gros rat qui escalade le mur pour s'échapper par un trou dans le toit. Elle passera une bien mauvaise nuit, heureusement courte, car le bateau repart à 5h.
Tout le monde est là, même le gérant du "trou à rat/hôtel" qui en pyjama est venu jusqu'au bateau car l'occupant de la chambre 3 est parti avec le plaid. Dans un premier temps, personne ne se souvient avoir eu la chambre 3. Le capitaine demande alors à une mère de famille accompagnée de son nourrison et de sa fille si c'est sa chambre. Ah, oui, mais il n'y avait pas de plaid sur le lit. Le proprio baisse les bras et nous repartons à l'heure dite. Moi, je n'ai rien dit, mais je pense que le nourrisson était emmitouflé dans le plaid.
Le bateau est presque vide et l'on peut maintenant s'allonger et dormir jusqu'à la pause du petit déjeuner à 9h30.

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Là, on s'arrête près d'une maison sur pilotis restaurant où de nombreuses personnes déjeunent déjà. Le petit déjeuner péruvien est un repas normal et je choisis un lomo saltado del monte quand Raquel prend un poisson à la olla. Lomo saltado del monte? C'est quoi comme viande ? On aura pas la réponse mais encore une pauvre bête de la jungle...
Retour sur notre embarcation pour encore cinq heures agrémentées d'orages, avant d'arriver à Pantoja où reigne une ambiance festive. Tout le monde est au port, le bateau lent est arrivé hier. Il fait aussi office de supermarché. 

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Serait-ce la raison de cette liesse ? Non, aujourd'hui l'hydravion del pago est arrivé. Il vient trois fois par an, apporter une aide financière supplémentaire aux populations les plus pauvres. Aide, qui de ce qu'on a pu voir, se transforme instantanément en bouteille de bière. Nous, on se concentre sur notre traversée vers l'Equateur. On commence par trouver un bateau qui accepte de nous prendre avec les vélos. Reste à aller faire les papiers de sortie du territoire. Le bureau d'immigration est fermé mais bon, on frappe à la porte. Un type en short ouvre et nous dit que pas de chance, faute de soleil, il n'a plus d'énergie pour alimenter les ordis. Il nous faut attendre 18h et donc la nuit pour que le groupe électrogène du village prenne le relais. Pfiiuuu. C'est possible le bateau de nuit ? Oui, mais c'est plus cher car plus dangereux... Combien ? 20 soles de plus (5e). Bon, ok !

En attendant, nous restons près du port où les enfants jouent.

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À 18h30 nous embarquons mais cette fois le gilet est obligatoire.

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On a pas trop réfléchi à ce que ça voulait dire, navigation de nuit dans la jungle, sur une barque sans lumière sur l'Amazone qui charrie des troncs et le tout sur une frontière. C'est risqué? Plus que le jour, nous répond le pilote. Ce qui est rassurant, c'est que sa femme et son jeune garçon sont du voyage. Ils profitent de notre trajet pour visiter des amis en Équateur.
Moins d'une minute après notre départ, le moteur s'arrête. On dérive quelques secondes et l'on repart. Nouvelle panne 500m plus loin. Cette fois, le pilote s'affaire un peu plus longtemps mais réglera le problème pour de bon. Maintenant, c'est une lumière, agitée depuis le bord qui nous fait signe de venir vers elle. Un militaire demande où l'on va à cette heure ci. En Équateur... Il demande au chauffeur et à sa famille s'ils ont prévu de revenir le soir même et à la réponse négative, nous laisse partir sous réserve d'être très prudent.
Les lumières de Pantoja disparaissent et la nuit découpe la silhouette de la forêt tout autour de nous. Au dessus d'elle, mais heureusement derrière nous, un puissant orage illumine les cumulo nimbus sur plusieurs kms. Des points lumineux fugaces apparaissent au dessus de nous ou dans les arbres. Qu'est ce donc ? Des gouttes d'eau éclairées par l'orage ? Non, ce sont des lucioles. Le spectacle est magnifique, d'autant que devant nous, le ciel est découvert, nous permettant d'observer les astres et même voir deux étoiles filantes.
Ça y est, l'Equateur ! Nous passons près du Río Yasuni qui a donné son nom au Parc National du même nom, réputé pour son incroyable biodiversité. Des peuples indigènes ont choisi d'y vivre en isolement complet et ce territoire est ce qui ressemble le plus à un territoire vierge de l'action humaine moderne. 

Encore une trentaine de minutes et nous voilà à Nuevo Roquafuerte. Ici, contrairement à ce que son nom semble indiqué, pas de fromage bleu affiné dans des caves mais un retour à la civilisation impressionnant. Une promenade côtière de 1km éclairée et chaque 100m, un ponton. Des jeux pour enfants, des bancs, des wcs publics, des poubelles et des invitations au tri des déchets et surtout à ne rien jeter dans la rivière. Incroyable de propreté.... On décharge les vélos et nous séparons de la famille péruvienne pour aller à l'hôtel. Ici, draps propres, douche limpide, wifi et même siège de wc. On dormira comme des bébés. Le bateau pour Coca part à 6h et nous avons deux options. Le lent et le rapide. Le rapide coûtant le double pour la moitié de la durée, nous choisissons le lent. Il avance aussi vite que le rapide péruvien, mais il lui faudra  8h pour nous amener jusqu'à la ville d'où Francisco de Orellana fit la première descente documentée de l'Amazone.

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Ce matin, la brume nous accompagne 

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Croisière haut de gamme vers Yasuni. 

Ça y est ! Après huit jours de trajet, nous avons relié Pucallpa à Coca en passant par Iquitos et nous en finissons avec le Pérou et cette expérience fluviale. On en finit avec le riz/poulet/féculents pour nous délecter avec les plats typiques de la côte équatorienne, comme l'encocado de camarones ou les encebollados.

Nous irons au zoo de Coca découvrir les animaux que nous n'avons pas vu dans la jungle (paresseux, tapirs et félins).

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Si, si! Y a un paresseux dans cette photo

Ce zoo est un rescue center pour les animaux blessés ou inadaptés à la vie sauvage.

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Nico sans le look naufragé. 

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F
Merci à tous les 2 de nous faire partager votre voyage. Oh c’est parfois bien dur, mais que de rencontres et de découvertes!! Bravo! Gros bisous
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D
Beau trip! Courageux mais ça ne me réconcilie pas avec le peu d'Amazonie que j'ai pu voir. <br /> Vous devez avoir maintenant un estomac en béton, un vrai broyeur :-)
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B
Top ! :-)
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A
Nouveau look !!! Je serais bien resté à l'étape chocolaterie moi !!
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