L'humidité est bien présente, aussi nous sommes ravis de voir qu'il est possible d'installer la tente dans un espace couvert dans le camping. Nous profitons d'une accalmie pour nous promener un peu dans le village et jusqu'au mirador del Valle.
Ici tout coûte cher mais c'est surtout dû à l'éloignement car nous sommes tout de même à la fin des 1240km de la carretera austral. Le lendemain, nous partons sous le pluie et sans Juan qui profite d'une offre d'emploi à la mairie de Villa O'higgins pour se présenter. Lui, aime beaucoup le côté sauvage, préservé et authentique du sud du Chili. On croise les doigts pour lui.
Le ripio est bon, le parcours passe entre lacs et forêts luxuriante, tout cela est très joli mais la pluie, puis les grêlons gâchent les photos.
Nous pique-niquons dans un abri pour cyclos aménagés par les locaux. Nous continuerons jusqu'à un autre que nous partagerons avec Juan et un couple de Finlandais voyageant en sens inverse. Ils nous font profiter du rabe de sauce tomate car ils finissent le lendemain.
Étant les premiers arrivés, nous bénéficions du lit double en 120 de large tandis que Juan se contente d'un banc sur lequel il ne finira pas la nuit à cause des fuites d'eau de la toiture. Les Finlandais avec leur bonne tente, resteront dehors et ne prendront pas trop l'eau.
Le lendemain, nous hésitons un peu avant d'affronter une nouvelle journée de pluie et de froid. On aura pas froid longtemps car les premiers cols sont là ! Le premier passé, nous apercevons des voyageurs hors du commun, une petite famille française et leur 3 petites filles, deux tandems et un petit vélo sur lequel elles tournent à tour de rôle toutes les 15 minutes. Ça fait 11 mois qu'ils sont partis de Lima au Pérou. Objectif bientôt atteint pour eux car ils finissent dans quelques jours et avec une croisière dans les Fjords comme récompense. Les filles font plaisir à voir, s'entraident et débordent d'énergie. Quelle belle école de la vie !
Nous arrivons trempés jusqu'au os au Puerto de Río Bravo ou nous prenons le dernier à bateau pour Puerto Yungai. Nous sommes les seuls passagers et le commandant nous demandent si cela nous dérange si le trajet met plus de temps que prévu. En effet, lui et son équipage aimeraient pêcher le congre qui se trouve à 100m de fond. Aucun soucis pour nous, d'autant qu'il fait 30c dans la cabine et puis tous nos habits sont déjà à sécher vu qu'ils nous ont prêté le sèche linge. Il nous invite à boire thé et café, nous partage le wifi et permet à Raquel de conduire le bateau. Supers sympas ces marins, comme ils restent à quai cette nuit, on a accès aux wc et à l'électricité pour recharger.
Le lendemain direction Tortel, surprise ! On commence par une montée. Au détour d'un virage, j'aperçois du revêtement au sol, bêtement, je me dis que c'est sympa... Mais, c'est juste que la section est aux alentours de 15%. Court mais intense. Avec plus ou moins de zigzags, on atteint ce sommet sans poser pied à terre. Me concernant (Nico), c'était pas loin.
N'écoutant pas les avis des différents cyclos croisés, nous choisissons de faire un petit détour de 20km pour aller visiter Caleta Tortel, une ville côtière qui vivait du commerce du bois jusqu'à l'arrivée de la route en 2003. D'après eux, le ripio est pourri et la ville n'est absolument pas adaptée aux vélos. Tortel est une ville toute en bois, les rues sont des passerelles, et comme elle est construite à flanc de montagne, c'est plein d'escaliers. Très belle et hors du commun, cette ville nous a séduite.
L'option installation de tente sur plate-forme-en-bois-sous-la-pluie n'ayant pas obtenu la majorité des suffrages, nous logeons à l'hostal Hielo Sur qui est tenu par deux soeurs et qui nous accueillent comme une poule accueille ses petits poussins mouillés.
On découvre qu'elles façonnent, pétrissent et cuisent du pain, des calzones rotos et sopaipillas, un régal ! On cusinera nous même sur la cuisinière à bois. Tortel c'est un univers à part !
La visite du village nous confirme son authenticité, du bateau des pompiers à l'université de Concepción, en passant par l'hôtel de ville ou les places du villages (des terrasses un peu plus grandes) , tout est dépaysant et hors du temps.
Le soir, on jouera à The Mind, le meilleur jeu de 2018 selon les deux Chiliennes qui nous initieront. C'est un jeu ou il faut battre le jeu. Nous battons le record à 5 et en récompense on écrit nos initiales sur les cartes.
Nous repartons le lendemain après un dernier tour de ville et quelques courses, mais impossible de trouver de l'essence (bencina) pour le réchaud...
En chemin, nous nous arrêtons chez un couple de personnes sans âge (enfin si, 80 et 70) qui revenait de ramasser du bois. La dame propose du pain et des salades à la vente. En fait, elle a une belle serre avec pleins de légumes et Raquel ira faire ses emplettes tandis que Nico fera le plein d'essence de tronçonneuse avec le monsieur. Discutant autour d'un vrai goûter (café, marmelade, beurre, petits pains et gâteaux), on apprendra qu'ils sont installés ici depuis 1955 et qu'à l'époque cela avait nécessité 3 mois de voyage depuis Puerto Montt (bateau à vapeur ou tous les pasagers descendent chercher du bois, puis du cheval, puis à pied). Les terres leur étaient offertes par le gouvernement pour peupler la contrée. Faute de route, ils faisaient traverser leurs 40 vaches une par une accrochée derrière leur canot à rames. Une vraie vie de pionier. Il fallait compter 12 jours de cheval aller/retour pour trouver des vivres.
A peine reparti, nous voilà arrêté devant un spectacle une nouvelle fois étrange. Un Japonais tire un charriot/remorque depuis l'Alaska. En chiffres, ça donne 28 paires de chaussures. Depuis le début de la carretera austral, il est aidé de Maki qui retient la charrette dans les descentes et qui aide dans les montées.
Ce soir là, nous nous séparons de Juan qui a un soucis mécanique et qui veut arriver très tôt à Cochrane, la première ville. De notre côté, c'est peu agréable, la faute à l'eau tourbeuse des derniers jours ? Barbouille et vomissement dans la nuit pour Nico et barbouille pour Raquel. On ne mangera que très peu le lendemain, se contentant d'un petit déjeuner à 14h et de quelques cuillères de riz le soir. Il y a toujours un côté positif, et c'est notre voisin de tente qui en profite, en dégustant nos saucisses qu'on ne sommes pas capable de manger. Bon appétit à Brian !
Petite étape fébrile mais en meilleure forme que la veille pour rejoindre Cochrane ou nous resterons 1 jour et demi pour profiter de la chaleur et surtout récupérer les graisses.
Nous y sommes actuellement, alimentant le blog en compagnie de tous les cyclos et backpackers de la carretera et leurs anecdotes de voyages. Un bon moment !
Notez la réparation du tube de selle...
Nous, après la glace au lúcuma :-)