Après ces quelques jours de repos où nous avons pu profiter de notre ami Juan autour d'un coca cola ou d'un carmenere, il est temps de repartir.
Nous sommes samedi et le traffic routier dans Santiago est bien plus calme que les jours précédents. C'est parfait pour nous. Un dernier aurevoir à Juan qui nous régale de deux grosses tablettes de chocolat et nous partons à trois (Raquel, Nico, Mathieu) car Rebecca décide de profiter un peu plus du Chili et de ses amis de Santiago.
Nous zigzagons, gps à la main, pour sortir de la ville et essayons de trouver un itinéraire plus sympa que l'autoroute pour rejoindre los Andes d'autant qu'il y a un passage de tunnel interdit aux vélos.
Cela sera possible au prix d'une ascension de la cuesta de Cachabuco, un bon test pour nous qui allons devoir grimper dans les prochains jours non pas 900m comme aujourd'hui mais 2400 au minimum jusqu'au tunnel du paso de los libertadores à la frontière Argento-Chilienne.
Test réussi sans encombre et nous arriverons à la nuit dans la ville de los Andes ou nous camperons dans un champ.
Le lendemain, nous levons le camp rapidement, nous devons faire les courses pour trois jours. En effet, pas de magasin avant Uspallata côté Argentin. L'inconnue étant cette fameuse ascension aux 29 virages dont les blogs font état...
Les premiers 55km montent tranquillement en fond de vallée et nous permettent de monter les premiers 1400m de dénivelé sans trop souffrir.
Toutefois, l'odeur de freins surchauffés des camions que nous croisons ne laissent guère de doute sur le fait que nous sommes dans la partie facile. Nous sommes à 2100m d'altitude et nous voyons désormais les fameux virages qui nous monteront à 2800m en 11km. Les camions vont à peine plus vite en montée qu'en descente mais tous ou presque nous saluent.
C'est à la nuit tombante que nous arrivons à El Portillo, la plus ancienne station de ski du Chili. Nous nous dirigeons vers le seul hôtel ouvert afin de voir s'il y a une alternative correcte pour échapper au froid de cette altitude. Ben... Non... 200$ pour une chambre triple, mais après une courte discussion, nous obtenons le droit d'utiliser un chalet pour nous doucher, utiliser les serviettes ainsi que de camper à l'abri d'un balcon ! Le tout pour le prix du camping. Pour célébrer notre dernier jour au Chili et finir nos pesos, nous dînerons même au restaurant !
Nous avons la sympathie de la responsable qui nous donne accès aux communs de l'hôtel et même la possibilité de dormir dans le grand salon si jamais le froid était trop présent.
Au contraire, vu que le sol ne permettait de planter les sardines, Mathieu dort avec nous. On crève de chaud !
Ce matin, ce sont les voix d'un shooting photo qui nous réveille. C'est bientôt la fête des pères et ils font les photos pour cette campagne. Petit plein d'eau chaude et fruits en quantité offerts par l'hôtel plus café et gâteau à la banane par le service de communication nous améliorent notre petit déjeuner habituel.
A l'hôtel, personne ne sait nous dire si l'option ascension au Christ rédempteur pour éviter le tunnel interdit aux vélos est possible. D'après certains, revêtement pourri, pour d'autres c'est notre chargement qui va nous imposer de pousser jusqu'à 3850m d'altitude. Aucun de nous ne sait ce que cela représente de rouler chargé aussi haut mais l'idée de franchir la cordillère sans faire de stop nous séduit énormément !!!
Alors c'est parti, d'abord par la route jusqu'à l'entrée du tunnel à 3200m où le personnel d'entretien vient à notre rencontre. Nous expliquons notre projet mais là encore, personne ne sait dans quel état est le chemin. On dirait qu'ils n'y sont jamais passés...
La petite piste en lacet s'élève doucement au dessus du tunnel. A notre surprise, le ripio est plutôt bon à part dans les virages où le choix de la trajectoire définit si l'on restera sur le vélo ou non. Traffic routier inexistant si ce n'est deux 4x4 qui nous dépasseront en levant un nuage de poussière. Pas de mal d'altitude mais l'on sent tout de même que l'oxygène se raréfie.
Ça y est, on aperçoit le Christ rédempteur de los Andes, symbole de la paix entre Chili et Argentine. On l'aperçoit lui et.... Des minibus de touristes montés depuis l'Argentine. Une nouvelle fois, nous sommes l'attraction et nous voilà pris en photo avec la pointe de l'Aconcagua et ses 6962m dans les nuages.
Il est temps de redescendre car l'Argentine c'est aussi le vent qui semble ravi de nous revoir...
Magnifique descente dans une vallée minérale aux couleurs indescriptibles que la photo expliquera mieux que nous.
Le passage frontière se fait 15km plus bas dans un poste commun au deux pays. On ne comprend pas qui fait quoi mais on en sort avec un papier "super important" écrit à la main au dos d'un prospectus...
On descend rapidement lorsque nous voyons l'entrée du parc national de l'Aconcagua. L'entrée est payante pour faire un tour de 40min qui par beau temps permet de voir le géant des Amériques. Vu la couverture nuageuse, ça ne serait pas un bon investissement... On continue donc.
Le fameux papier qui a failli terminer dare-dare à la poubelle nous est demandé 30min de descente plus tard par la gendarmerie... Ouf, ça donnait pas envie de remonter en chercher un autre.
El puente del Inca, petit hameau touristique autour d'un pont naturel multicolore créé par l'érosion et les sources thermales à proximité. C'est très joli. Nous y croiserons un cyclotouriste brésilien en sens inverse qui nous offre des Oreo.
Enfin, nous arrivons à Polvaredas dans la vallée qui ressemble à un gâteau marbré.
Nous demandons à la police où nous pouvons trouver de l'eau potable et bivouacer. Dans un premier temps, ils nous envoient à l'ancienne gare désaffectée puis une fois notre campement établi, reviennent avec la gestionnaire de l'église locale pour nous y faire héberger. C'est mieux disent ils, pour le froid et aussi parceque même si le coin est tranquille, ils se sentiraient plus rassurés... On charge donc nos saccoches dans leur pickup et nous voilà à cuisiner et dormir dans la maison église. Une première pour nous.
A peine les clés de l'église rendues avec nos remerciements, que nous nous arrêtons faire une photo. Cette vallée est tout simplement magnifique et sa grandeur nous fait sentir tout petit.
Les paysages changent et nous voilà à Uspallata accueilli par un panneau indiquant "Uspallata, ville de décor de film". Incroyable, on passe du sec semi désertique à une allée de platanes, avec les montagnes enneigées en arrière plan.
C'est en effet irréel, parfois western, parfois arrière pays du sud de la France. On y fait les courses et décidons de rejoindre la ruta 40 via la national 149 et non par Mendoza.
Première ligne droite version Argentine et paf, vent de face à ne plus avancer.
On pique nique en faisant barrage au vent avec les vélos contre deux poteaux électriques.
Pendant qu'on mange, le vent se calme ce qui nous permet d'avancer agréablement sur cette nationale qui a notre grande surprise n'est pas très fréquentée. L'explication se trouve quelques kilomètres plus loin avec le panneau "fin de pavimento"... Quoi ??? Une nationale de ripio???
Nous continuons direction los Tambillos la localité suivante indiquée sur notre carte. En fait, ce sont des ruines Incas et il n'y a absolument pas de point d'eau. Ici c'est de la pampa sèche. Ça pourrait s'avérer compliqué, car le prochain point d'eau est le parc national Leoncito à 86km.
Mais c'est Mathieu qui dénichera l'oasis qui nous servira de bivouac. Incroyable au milieu de ce désert, de trouver un étang ou les chevaux et les vaches viennent s'abreuver.
Quelques 30kms de ripio plus tard et une crevaison pour Mathieu, nous changeons de province et retrouvons le goudron ainsi que deux renards pas farouches au bord de la route.
Ça fait déjà quelques kilomètres que nous voyons des points lumineux sur une montagne. On réalise alors que cela doit être les observatoires astronomiques du parc national Leoncito que nous voulons visiter.
Les kilomètres défilent dans ces lignes droites sans fin avec pour décor la cordillère et une lagune sèche.
C'est long mais le plus dur mentalement, ce sont ces 10kms interminables de ligne droite en faux plat montant.
Le parc Leoncito c'est l'observatoire le plus important d'Argentine où le ciel est quasi dépourvu de pollution lumineuse et de poussière. On aura la chance de pouvoir assister à une observation du ciel et de quelques étoiles. En photo, c'est la lune.
Fini avec les faux plats montants et le vent dans le nez, aujourd'hui c'est tout à faveur et nous avalons les 70kms jusqu'à Calingasta au milieu de montagnes multicolores avec tout au fond, derrière nous, l'Aconcagua !
Aujourd'hui nous sommes contents, on a enfin trouvé du pain correct et du fromage qui a du goût (bleu). On revient faire un deuxième raid au magasin pour un total de 750g de fromage (ça nous manquait)!
Encore un dilemme sur le parcours, soit la nationale 149, soit une route provinciale. Après recueillement d'informations, la route provinciale n'est pas du tout bonne, toute de ripio et très très peu fréquentée. Du coup, on choisit la grosse, qui s'avère en travaux, avec le vent de face et très peu de trafic. On devra s'arrêter à cause du froid à 5km du sommet d'une interminable montée.
Le bivouac est à l'abri du vent dans un lit de rivière asséché. A la lumière de la frontale, on aperçoit 2 yeux qui nous observent. La tête semble assez ronde et, vue la distance, assez grosse pour être celle d'un puma (il y en a dans le coin). Pas de pipi nocturne cette nuit.
Le lendemain, tout est gelé. Heureusement on avait gardé de l'eau dans la tente pour le petit déjeuner.
Cette fois, pas de vent. On finit la côte et enchaînons avec 37km de belle descente jusqu'au thermes de Talacasto et ses eaux soufrées à 26c toute l'année. Ces thermes datent des années 30 et le couple gestionnaire essaie de rendre vie au lieu qui fait aussi camping.
Pas de bain pour nous, on rejoint la ruta 40 et son parador-restaurant ou nous mangerons mal et cher.
Quelques 20km plus loin, un centre de vialidad nous permettra de remplir toutes nos bouteilles d'eau, ce qui n'était pas possible au parador car l'eau du coin est salée car elle traverse une saline avant d'atteindre la nappe phréatique. Je vous invite d'ailleurs à essayer le café salé. Beurk !
De nouveau un lit de rivière asséché pour faire bivouac, cette fois sans vent et surtout 1400m plus bas que la veille. C'est le refuge de Santa Barbara au bord de la ruta 40 heureusement très calme la nuit.
Un cactus farceur se serait jeter sous la roue de Mathieu ? 8 épines dans le pneu et 3 crevaisons dans la chambre à air. Beau score ! Après plusieurs tentatives infructueuses de réparation, il prendra le pneu de secours et une nouvelle chambre. On verra à la ville !
Aujourd'hui petite étape au programme (50km) jusqu'à San Jose de Jáchal. Cela devrait aller vite mais Mathieu le poissard commence à trouver qu'il force beaucoup pour avancer. Quelques minutes plus tard, sa roue arrière refuse de tourner. Roulement coincé, rien à faire, un bon samaritain le prendra en stop, lui et son vélo jusqu'à la ville à 10km. On est content que ça arrive maintenant et pas en plein désert...
On restera 2 nuits au camping, le temps de faire une visite au magasin de vélo qui lui changera les cônes et aussi son boîtier de pédalier qui avait du jeu. ¡Tocamos madera !
Cela nous donne le temps de se ballader en ville et de découvrir les maisons en terre. Aiment elles la pluie ?