Dehors c'est le déluge, le parc Torres del Paine est fermé pour cause d'inondations et un guide nous dit que les jours à venir seront les pires de la saison. Zut, le trek de 5j ça ne sera pas tout de suite... Nous jetons un œil aux prévisions météo et il y a une fenêtre de tir qui se présente à nous. En effet, pluie mais peu de vent, devrait nous permettre de rejoindre la frontière Argentine dès le lendemain. Tant pis pour le jour de repos ! Nous savons que cette étape de pampa désertique, Puerto Natales-El Calafate, est réputée très dure, surtout à cause du vent prédominant du Nord, pile dans notre pif !
Ce matin, nous remontons sur le vélo sous un petit vent glacial mais la vue sur les Fjords et les montagnes fraichement enneigées nous font oublier cette difficulté.
Cette journée ou le paysage change, passant par monts et par vaux, nous amenant à apercevoir les Torres del Paine au loin, ou la météo annoncée maussade s'avère très agréable, sera une très bonne surprise nous permettant même de pique niquer au soleil au bord du lago Figueroa.
Surprise, le vent a forci mais est plein Ouest en moment de passer la frontière. Nous n'hésitons pas longtemps et poussons de 50kms supplémentaires mais cette fois à vitesse de mobylette.
Sur la carte, il n'y a rien, rien sauf la station d'essence, poste de police et d'entretien des routes de Tapi Aike.
Nous apprenons qu'il est possible de loger dans une remorque dortoir de chantier et de bénéficier de douches chaudes, cuisine et wifi. Que demande le peuple !
On partage le dîner avec un couple de chinois installé en Angleterre et leur petite fille qui voyagent autour du monde depuis 2 ans et... En Citroën 2CV!
Au fond, notre remorque dortoir.
Nous rencontrons aussi Juan, un Chilien de Santiago, qui comme nous a dormi là bas. Aujourd'hui deux options, la plus courte, ripio déjà difficile en tant normal, aujourd'hui fermé pour cause d'inondation et ceci avec vent latéral de 70km/h et montant à 100 en fin de journée. Deuxième choix, un détour de 85 km, mais sur le goudron et avec le vent dans le dos. On prend celle ci tous les 3. La journée annoncée terrifiante s'avère une journée à vitesse de Ñandú (79km en 3h15) sous un ciel degagé.
A la Esperanza, 6 empanadas et un cornet de frites bien grassouillettes nous remplissent le ventre en attendant de trouver ou dormir à l'abri ce soir.
Nous sommes au chaud à la station service à profiter du wifi.
On se sent comme Tom Hanks coincé dans son aéroport. Pour nous, les heures passent dans cette station essence mais comme les containers poubelles se font toujours balader avec le vent, nous plantons de nouveau le campement dans le jardin de la police toujours aussi aimable et qui nous propose même d'utiliser leurs douches. C'est l'opportunité pour nous de découvrir les conditions précaires dans lesquelles ils sont logés. L'eau est chaude mais on a l'impression de se laver à l'huile qui sent le souffre. Y aurait il une fuite venant de la station d'essence voisine ? En tout cas, l'eau du robinet est imbuvable et sent l'œuf... On verra passer des camions de fracturation hydraulique pour le gaz de schiste, le doute est permis.
Réveil programmé à 5h pour départ effectif à 6h30 frontales sur la tête après un dernier au-revoir au personnel de la station service. Pari gagnant puisqu'il n'y a pas de vent ! Pas de vent, mais un froid glacial qui fait souffrir fortement les mains de Raquel et les pieds de Juan.
Les kms de pampa défilent assez rapidement mais après la pause du midi, le vent se lève et nous réserve une fin de journée difficile. On croise un Anglais vent dans le dos qui nous annonce une descente de 10km. Chouette !! Enfin, un peu de repos !! Quel est le comble du cycliste ????... Devoir pédaler dans une descente !!! Grrrr... Malgré le pourcentage, le vent est tel qu'il nous faut 1h pour les parcourir. Encore 5km de plat qui paraissent une éternité avant d'arriver chez notre sauveur du jour, Sebastian, un argentin qui garde une estancia à une quarantaine de km de El Calafate, notre destination. Sebastián accueillent tous les cyclos qui frappent à sa porte et demandent en échange, un petit mot qu'il collectionne comme des trophées.
Il vit avec 3 petits chatons qu'il tente tant bien que mal de protéger de l'appétit vorace des chiens de l'Estancia. Il ne réussit pas toujours, en temoignent ces petits morceaux d'os, de peau de chats par ci par là dans le terrain. Les chiens ont même tué un tapir. Le dicton qui dit que c'est ceux qui ont le moins qui t'offre le plus s'avère exact. Lui qui n'a pas l'électricité ni l'eau courante, va nous chercher de l'eau à la rivière qu'il fera chauffer pour que nous puissions nous laver. Nous partagerons le repas tous les 4, un beau moment. On dormira épuisés mais heureux après ces 120km en 12h.
Nous nous séparons de Sebastián pour arriver à El Calafate quelques 40kms plus loin. C'est une ville très touristique. On arrive pendant la fête du lac alors les campings en ont profité pour gonfler les prix surtout qu'Enrique Iglesias vient jouer le lendemain.
Nous sommes fatigués et aimerions bien nous reposer d'autant que la prochaine étape nous a été annoncée plus d'une fois comme inintéressante pour les paysages et super dure pour le vent. De nombreux autres cyclos ont du faire du stop. En regardant la météo, on s'aperçoit qu'il y aura une fenêtre de 3 jours sans vent ou presque (40km/h). Du coup, on choisit un peu à contre coeur d'aller au glacier Perito Moreno en bus plutôt qu'en vélo et enchainer les 2 jours de vélo jusqu'à El Chalten où se situe le Fitz Roy et le Cerro Torre.
On prend donc notre bus et nous voilà côté tourisme de masse. En fait, c'est plutôt pas mal, d'autant qu'on s'endort dans le bus. Encore mieux, on a plus de 5h sur place pour profiter pleinement de ce géant qui perd d'énormes morceaux d'iceberg dans un tonnerre fracassant ! Splendide, en effet, un must de la Patagonie ou l'on est captivé par le spectacle à l'affût du moindre craquement qui pourrait annoncer un gros éboulement. Une vidéo témoignera mieux que mon écrit